En finir avec le gaspillage des m²

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Malgré son apparent foisonnement, la ville fourmille d’espaces vides qui ne se remplissent que par intermittence. Chercher à intensifier les usages des bâtiments plutôt que construire du neuf apparaît donc comme une réponse à l’étalement urbain. Marie-Laure Leclercq de Sousa, CEO France, BeLux et Europe du Sud chez JLL, nous explique les grands principes qui régissent l’intensification des usages des espaces de travail (et ses limites).

En vidant les bureaux de ses occupants, la période de Covid a largement impacté la manière de concevoir les espaces de travail. « Il y a eu une prise de conscience générale de la nécessité de sobriété de l’espace. À l’instar de nos ressources naturelles, l’espace est ainsi devenu une ressource à considérer », rappelle Marie- Laure Leclercq de Sousa.

Faire d’un bureau un espace à usage unique occupé par une seule personne apparaît comme une aberration alors même que, comme elle le rappelle, le taux d’occupation effectif des bureaux est aujourd’hui estimé entre 30 et 40 % en Europe, si on inclut les soirs et week-ends.

À l’instar de nos ressources naturelles, l’espace est ainsi devenu une ressource à considérer.

Marie-Laure Leclercq de Sousa
CEO France, Belux et Europe du Sud chez JLL

QUATRE GRANDS PRINCIPES

Face à ce constat, l’intensification des usages des bâtiments change la manière de penser ces espaces autour de quatre grands principes.

Celui de l’hybridation des usages, tout d’abord, consistant à ouvrir certains espaces professionnels à d’autres destinations que leurs fonctions principales lorsque ceux-ci sont inutilisés. Comme, par exemple, transformer les restaurants d’entreprises en lieux de formation ou de réunion en dehors des heures repas.

Celui de la mutualisation, ensuite, qui vise à partager un espace commun entre différents utilisateurs. C’est le modèle phare du coworking ou du flex office.

Troisième solution, mélange des deux précédentes, qui repose sur le principe de « chronotopie » et consiste à penser les espaces simultanément sous leur dimension temporelle (chronos) et spatiale (topos). Des bureaux peuvent ainsi devenir un lieu d’hébergement le week-end, les salles de réunion ou amphithéâtres peuvent se transformer en lieux de réunions publiques quand les salariés quittent les lieux.

Quatrième principe, celui de la réversibilité qui consiste à penser nativement la transformation à venir d’un lieu en ne l’enfermant pas dans un usage unique : d’anciens bureaux deviennent des logements ou des hôtels, par exemple.

Une difficile concertation

Ces principes d’intensification rencontrent cependant quelques écueils à leur généralisation. La variété des espaces partagés associée à la diversité des acteurs publics et privés en présence impliquent des solutions « sur mesure » qui restent difficiles à industrialiser. La manière dont ont été historiquement conçues les villes, au même titre que les relations culturelles que chaque pays entretient avec les espaces de travail sont également des singularités difficiles à transgresser. « Les humains, qui constituent la richesse du travail au quotidien, ne fonctionnent pas partout de la même manière », rappelle Marie-Laure Leclercq de Sousa.