« Il faut permettre aux habitants de s’approprier les espaces »

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Jérémy Nadau est un architecte singulier. Celui qui se destinait à une carrière de footballeur professionnel a monté son agence en 2008 avec une volonté : faire de l’architecture un moyen pour favoriser la rencontre. Un principe mis en œuvre à Noème, un quartier résidentiel développé par Covivio aux abords du lac de Bordeaux, sur un site précédemment occupé par IBM, où il a conçu deux bâtiments hauts en couleurs.

Pouvez-vous nous expliquer à quel moment Noème arrive dans votre parcours d’architecte ?

Jérémy Nadeau : J’appartiens à une génération qui a vu l’émergence des tiers-lieux un peu partout en France. Nous nous retrouvons dans cette façon de créer des volumes aménageables, évoluant avec la programmation d’événements. Ces projets m’ont appris à analyser des bâtiments en fonction de l’usage qui en est fait. C’est justement cette idée d’usage qui a présidé aux bâtiments conçus pour le nouveau projet bordelais porté par Covivio : Noème. Il fallait redonner une identité à une zone tertiaire un peu déshumanisée.

Construire des logements est sans doute ce qu’il y a de plus difficile. Il faut savoir créer des espaces de qualité avec des extérieurs généreux, défendre ses idées tout au long du projet malgré les forces parfois contradictoires exercées par les différents acteurs en présence. Et il faut surtout permettre aux habitants de s’approprier cet espace.

Comment favorisez-vous cette appropriation ?

Jérémy Nadeau : Le liant, c’est la notion d’espace commun. Si on se loupe là-dessus, même si le bâtiment est de grande qualité, on rate une notion majeure : celle de seuil. Comment on entre chez soi, comment on partage l’espace. Pour les deux bâtiments dont je me suis occupé, on a commencé par concevoir des grands halls d’entrée à double hauteur intégrés à l’espace public où les gens se rencontrent. Nous avons créé ces grands volumes avec l’idée de pouvoir les faire évoluer et les densifier, en travaillant sur la notion de « volume capable ». Charge aux futurs propriétaires de les faire évoluer.

Il me semble que l’architecte doit créer un concept humaniste, mais que sa compétence consiste à savoir anticiper la transgression possible de ces espaces. Cette transgression n’est possible que quand les espaces sont bien pensés. C’est ce même esprit d’appropriation qui nous a guidés dans la création d’un lieu culturel situé en face de notre agence. Un site qui a rapidement été baptisé Gotham, preuve de son adoption par les jeunes des quartiers prioritaires que nous formons à l’architecture, à la photographie, à la modélisation 3D et aux métiers de l’art dans l’espace public.

Comment la notion de réhabilitation urbaine change-t-elle la manière de faire votre métier ?

Jérémy Nadeau : Les nouvelles réglementations thermiques, qui arriveront à leur apogée en 2030, vont être cruciales pour nos métiers. Elles nous obligent à avoir un regard global qui touche l’énergie, le bâti, le cycle de vie des matériaux. Je n’ai jamais autant ressenti la capacité de nos métiers à changer les choses. Les jeunes poussent fort derrière. On le voit dans les écoles, c’est le retour en force de l’architecture vernaculaire. Ils veulent comprendre comment on compose avec les matériaux biosourcés, géosourcés, comment on les combine. Les ingénieurs avec qui nous travaillons ont aussi des compétences bien différentes.

L’enjeu majeur, c’est de savoir comment on va transformer la manière de construire. Plutôt que d’aborder le logement de manière purement capacitaire, nous nous devons de l’étudier maintenant en fonction du bioclimatique. Cela concerne également les bâtiments préexistants. C’est une manière spécifique de faire notre métier qui va devenir la norme.

Plus précisément, quelle est aujourd’hui la place du patrimonial dans le résidentiel ?

Jérémy Nadeau : Pour moi, prendre appui sur le patrimoine, c’est le nœud de tout. Il y a aujourd’hui une nécessité d’aborder les choses en prenant en compte le « déjà là ». Les grandes hauteurs, la pierre, les menuiseries, les persiennes sont autant de facteurs de qualité. Partir d’une structure existante en pierre, avec des murs de 60 cm d’épaisseur, c’est déjà une donnée non négligeable. Ce diagnostic de l’existant représente 30 % d’un projet de réhabilitation. Il va falloir former les gens dans ce sens. J’espère qu’à l’avenir, on construira plus grand et moins fini, en laissant des volumes bruts permettant aux gens d’investir les espaces avec leurs propres envies.

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